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Edition 2001
Le projet, le dispositif
Conçue par Monique Blin avec la collaboration de partenaires
angevins et maliens lors du Festival des Réalités à
Bamako en novembre 2000, La Ruche Sony Labou Tansi est une co-production
entre Ecritures Vagabondes, Le Nouveau Théâtre d'Angers
et l'association malienne BlonBa.
Il s'agira de faire venir pendant un mois au Mali, des auteurs dramatiques
venus d'horizons divers. Le groupe, constitué d'écrivains
expérimentés et d'autres en début de parcours,
vivra une double expérience : le partage et la rencontre avec
la réalité malienne.
Dans cette idée de partage il y a un point de départ un
peu volontariste qui consiste à former un groupe d'individualités
réunies par une passion commune : l'écriture théâtrale
et, plus largement, le théâtre, de lui proposer un mois
de vie collective au cours duquel chacun prendra connaissance du travail
et des démarches d'écriture de l'autre et livrera à
son tour son expérience et ses questionnements d'auteur.
Ce groupe aura pour mission de rencontrer les réalités
d'un pays à travers ses acteurs culturels et les représentants
de la société civile : intellectuels, enseignants, acteurs
sociaux
Enfin, des espaces personnels seront ménagés dans l'organisation
du séjour afin de permettre à chacun de poursuivre une
recherche poétique personnelle.
Pour assurer la densité du séjour avec un programme soutenu,
Monique Blin accompagnera le groupe, se chargeant sur place du programme
de rencontres, débats, visites, de l'organisation pratique, tout
cela se faisant en concertation quotidienne avec les auteurs et les
partenaires maliens, permettant au groupe d'infléchir la résidence
en fonction des préoccupations et des souhaits qui surgissent
au gré des rencontres...
Installé à la Maison du Partenariat de la ville d'Angers,
au cur de Bamako, le groupe bénéficiera d'une infrastructure
à la fois adaptée aux exigences de la solitude et aux
nécessités de réunions et de regroupements. Cette
mise à disposition par le Maire d'Angers a facilité la
qualité de la résidence.
Pour rendre plus vivantes les rencontres entre auteurs, metteurs en
scène, comédiens
La Ruche invite Monique Hervouët,
metteur en scène, à prendre part à la résidence.
Elle sélectionnera les textes des différents auteurs,
travaillera avec des comédiens maliens et organisera presque
chaque soir des séances de lecture.
Enfin, la figure de Sony Labou Tansi est associée à cette
résidence, en mémoire d'un auteur africain novateur et
exemplaire, hélas trop tôt disparu
Le programme journalier détaillé de la résidence,
que l'on trouvera dans ce dossier, permet de se faire une idée
du rythme et du contenu de la résidence.
Par ailleurs, les quelques lignes écrites par chaque auteur rendent
également compte de la richesse de l'expérience et de
son originalité.
Les auteurs
Pour imprévisible que soit son fonctionnement, la constitution
d'un groupe appelé à vivre ensemble pendant un mois, est
un exercice de dosage subtil. Si rien ne peut garantir qu'un groupe
vivra sans heurt ou sans conflit, l'addition de certains paramètres
(mais aussi un certain " flair ") peut poser les bases de
la cohésion et du respect mutuel.
Ainsi, la résidence se déroulant au Mali, il était
évident qu'un ou deux auteurs maliens en seraient. L'éclairage
permanent donné par ces deux auteurs maliens sur leur réalité
d'auteur et de citoyen, complétait ce qui nous était dit
au cours des échanges et des visites. Par ailleurs, il paraissait
bienvenu de former un groupe hétérogène du point
de vue des expériences et des origines
Trois des auteurs africains, Idi Nouhou (Niger), Hermas Gbaguidi (Bénin),
Léonard Yakanou (Togo), avaient pris part au stage d'écriture
dramatique organisé quelques mois plus tôt au Togo, ils
avaient encore une jeune expérience. L'auteur Daniel Besnehard,
secrétaire général et dramaturge au Théâtre
d'Angers vivait la réalité d'un auteur joué et
publié depuis plus de vingt ans. Eric Durnez membre fondateur
d'Ecritures vagabondes avait pris part à la résidence
libanaise. Ahmed Ghazali, du Maroc, travaille et vit actuellement au
Québec. Alfred Dogbe du Niger, avait connu l'expérience
d'une résidence au Festival International des Francophonies en
Limousin.
Seul point faible du groupe : l'absence d'auteure. Les circonstances
et une certaine difficulté à identifier des femmes auteur
de théâtre en Afrique, ont amené cette situation.
L'active présence de Monique Blin et de Monique Hervouët
a quelque peu remédié à ce problème
Bilan
Du point de vue de son organisation, La Ruche a fonctionné comme
prévu et correspondait au projet tel qu'il avait été
conçu. La plupart des rencontres et visites prévues ont
eu lieu et la capacité de réaction et d'improvisation
des organisateurs a permis de " rentabiliser" au mieux ces
quatre semaines. Le lieu choisi, la Maison du partenariat de la ville
d'Angers convenait parfaitement et ses responsables étaient disponibles
et compétents.
L'originalité de cette expérience et ce qui en fait une
réussite, c'est le côté " work in progress
" de la résidence. Le groupe se réunissant chaque
matin, les demandes et les questions qui surgissaient trouvaient souvent
réponse les jours suivants. Quelques personnes extérieures
à la résidence dont quelques femmes auteurs ainsi que
Françoise Ligier et Aline Présumey nous rencontraient
régulièrement et venaient suivre nos séances de
lecture ou nos débats. Nos échanges en ont été
approfondis et de nouveaux sujets de discussion sont nés de ces
rencontres. L'implication et le regard très averti de Moussa
Diagana (sociologue, expert au Pnud, auteur dramatique) a particulièrement
enrichi notre perception des réalités africaines et, par
effet de contraste, européennes. Bon nombre de débats
ont d'ailleurs porté sur la question des différences et
de ce qui fonde l'organisation des sociétés. Des sujets
réputés "sensibles " furent abordés franchement
: le poids des religions, la place des femmes, la réalité
de la démocratie, la famille et la tradition, la codification
des relations, la cohabitation des ethnies, l'homosexualité et,
plus largement, la conception de la liberté individuelle, l'oralité,
les frontières, l'universalité des valeurs etc.
Un autre pan de nos recherches était plus spécifiquement
littéraire. À la suite des lectures des manuscrits des
auteurs résidants menés par Monique Hervouët, des
échanges divers s'enclenchaient sur les thématiques abordées
par les auteurs mais aussi sur des points de dramaturgie : narration,
construction des personnages, travail de la langue
Chaque auteur
a été ainsi " mis sur la sellette " mais toujours
dans une ambiance agréable et respectueuse. Ces séances
de travail étaient tout autant pour les auteurs en début
de parcours, qui recevaient un ensemble d'avis critiques de leurs pairs,
que pour les plus chevronnés, poussés à clarifier
leur pensée et à conceptualiser quelque peu des pratiques
d'écriture
Un autre aspect important des activités de la Ruche a été
la rencontre avec des étudiants ou des lycéens. Nos visites
dans les amphis, les salles de classe ou les bibliothèques furent
des moments impressionnants, d'une part parce que nous étions
contents d'être en situation de donner quelque chose de nous-mêmes
-et pas seulement de recevoir-, d'autre part parce que l'intérêt
des jeunes, la sensation de leur besoin de savoir et de rencontrer,
nous a fait entrevoir les immenses besoins culturels et intellectuels
de cette société où les moins de vingt-cinq ans
sont majoritaires.
Le rythme des journées a permis un incessant aller-retour entre
perceptions personnelles et collectives. Chaque auteur poursuivait à
son rythme son travail d'écriture
À l'ordinateur
pour certains, dans la déambulation solitaire pour d'autres
Les retrouvailles par plus petits groupes à certains moments
de la journée, au lever du jour ou tard dans la nuit, permettaient
de prolonger des échanges, de confronter les impressions et de
mieux faire connaissance les uns des autres.
Le fait d'être loin de chez soi, des préoccupations quotidiennes,
permet à l'esprit d'être dans une particulière disponibilité.
Par ailleurs changer radicalement d'environnement transforme le regard
porté sur ses lieux de vie habituels.
Le groupe étant composé de personnalités "
faciles à vivre ", ce modèle de résidence
pariant essentiellement sur l'échange et l'ouverture à
l'autre, a parfaitement fonctionné
Les suites
Le 15 avril 2002, chaque auteur remettra un texte dramatique, inspiré,
initié par la résidence. Contrairement à la proposition
qui avait été faite au Liban, les organisateurs n'ont
pas imposé de thème aux auteurs. Cependant, en fin de
résidence, chaque auteur a livré un avant-goût de
ce que serait son texte.
Fin mai 2002, le Nouveau Théâtre d'Angers organisera une
opération Retour de Bamako au cours de laquelle des auteurs seront
présents. Leurs textes seront mis en lecture ou en espace, d'autres
lectures pourront se faire au Mans où Monique Hervouet dirige
une compagnie théâtrale, dans un lieu à Paris que
Monique Blin sera chargée de trouver ;
Il a été proposé au Festival des Réalités
à Bamako de choisir à sa convenance un ou plusieurs textes
pour sa programmation en décembre 2002.
Les textes achevés seront confiés à l'éditeur
Emile Lansman, pour la collection Ecritures vagabondes inaugurée
par les deux volumes de Liban, écrits nomades.
Un travail photographique réalisé par le photographe malien
Youssouf Sogodogo et par Eric Durnez, pourrait déboucher sur
des expositions accompagnant les lectures ou les événements
" post-résidence ".
D'autres lectures ou mises en espace ou mises en scène devraient
avoir lieu dans les pays des auteurs respectifs.
Ecritures vagabondes, le Nouveau Théâtre d'Angers et Blonba
s'attacheront à faire connaître les textes, à les
faire circuler, et à appuyer des initiatives.
Les contacts seront entretenus entre auteurs " vagabonds "
afin de créer un réseau d'auteurs francophones, avec la
découverte de nouveaux talents et de mettre sur pied de nouvelles
manifestations.
Au Mali, Boubacar Belko Diallo et Tiecoro Sangaré,( les deux
auteurs maliens ayant pris part à la résidence) accompagneront
Alioun Ifra N'Diaye, directeur de Blonba, pour la préparation
d'une deuxième Ruche Sony Labou Tansi à Bamako (4è
trimestre 2002). Moussa Diagana a accepté d'en être le
conseiller. Un comité de lecture sera constitué pour la
découverte d'une nouvelle génération d'auteurs
maliens. Des projets de convention avec la FLASH (université
malienne) l'INA et des lycées pourraient également être
concrétisés.
Un fond Sony Labou Tansi est en voie de création...
BlonBa a proposé d'offrir son lieu au cours de l'année
pour permettre aux deux auteurs maliens de La Ruche d'y trouver les
conditions matérielles de silence pour la suite de leurs travaux
d'écriture.
Un projet de partenariat entre BlonBa et la compagnie Acte 7 est à
l'étude pour l'enregistrement sur CD de quelques textes dramatiques,
ces textes pourraient également être diffusés sur
les ondes sous le label la Ruche Sony Labou Tansi
Il est important de reconduire la ligne budgétaire concernant
l'acquisition de livres de théâtre ou de littérature
(une soixantaine de livres ont été achetés et répartis
entre les auteurs. Nous remercions Emile Lansman pour sa complicité).
Monique Blin et Eric Durnez
30 décembre 2001
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