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RESIDENCE D'AUTEURS DRAMATIQUES |
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| - dernière maj 02 août 2004 |
| La Ruche Sony Labou Tansi En association avec sa conceptrice Monique Blin, présidente des Ecritures vagabondes et de ClaudeYersin, directeur du Nouveau Théâtre d'Angers, BlonBa assure l'organisation au Mali de la Ruche Sony Labou Tansi, résidence d'auteurs dramatiques de l'espace francophone (Algérie, Bénin, Belgique, Côte d'Ivoire, France, Maroc, Niger, Madagascar, Mali, Togo). |
| Source texte et image : L'Essor n°15257 du - 2004-08-02 08:00:00 |
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Les noces de l'âne |
| La
voix mélodieuse de la femme pénétra dans la chambre,
s’étala sur la peau de prière, puis s’engouffra
dans les oreilles du mari : Le monde était beau !
Beau était le monde. Sébè, embrouillé, interrompit
sa prière. Il ressortit furieux, et lança à sa
première femme : Le soleil échappa à un nuage et lâcha une rafale de chaleur sur la tête de Sébè. Celui-ci s’éloigna, lança, au passage, une claque à “l’aîné” de ses ânes qui le regardait. Puis, il regagna l’enclos bien tenu du “cadet”. Pour calmer sa fureur, il lui caressa longuement le cou. Même s’il avait voulu épouser cette fille aussitôt qu’il l’avait vue, Sébè tenait à être équitable devant Dieu et les hommes. Alors il avait fait saccager une centaine d’arbres dans une zone inondable pour installer un nouveau champ, l’ancien devant servir à nourrir la première femme et ses enfants. Puis, il avait négocié avec son créancier habituel et unique acheteur de sa récolte, le gros commerçant du village, tous les autres n’étant que des étals du premier. Ils ne s’aimaient pas : Sébè rappelait à chaque fois que les commerçants étaient une bande d’oisifs et de paresseux malins et que plus il y en avait, plus la société devenait fainéante. Le gros commerçant se contentait de sourire de haut sans oublier de lui dire qu’il resterait toujours un minable parce qu’il ne s’endettait que pour “se remplir le ventre”. Mais, après ces échanges introductifs, ils finissaient toujours par s’entendre. Cette fois, Sébè, après lui avoir “confié son problème”, avait justifié sa demande par le fait qu’en honnête croyant, il tenait à repartir équitablement les choses : un champ et un âne pour chaque ménage. Son créancier s’était laissé convaincre, non sans quelques précautions. Ainsi, il lui avait avancé quelques sous, et vendu à crédit un âne. Ce dernier était vieux, même plus âgé que le premier de Sébè, mais celui-ci n’avait pas le choix. Par contre, il avait trouvé le pauvre animal jovial et facile. Ses rares moments de joie, ces derniers temps, il les avait vécus en se promenant sur lui, dans la cour, sous les gouttes de pluie. Il ne cherchait pas seulement à provoquer sa première femme et à rire d’elle. Il tenait aussi à habituer son vieil âne à marcher même sous l’orage, en attendant leur marche triomphale sous la “troisième grande pluie”. Sébè, de nouveau, prêta l’oreille : la rue lui semblait résonner de pas. La nuit dernière, il avait à peine pu fermer les yeux que le muezzin avait commencé l’appel à la prière. Et depuis l’aube, sa raison n’avait pas arrêté de lui échapper. Et après avoir porté toute la matinée quarante degrés et poussière de chaleur sur la tête, Sébè était près de craquer. Il entendait toutes les demi-heures des pas qui ne venaient pas. Le désespoir peu à peu s’était emparé de sa lucidité. Et tous ceux qui avaient un espoir à vendre le fascinaient. Voilà pourquoi, depuis trois jours, il attendait le retour de deux secouristes auxquels il s’était confié et qui lui avaient offert leurs services. Du premier, il avait sollicité assistance à famille en danger, car la dernière pluie avait contourné son champ alors qu’elle avait failli inonder celui de son voisin. Sébè se doutait même qu’un mauvais sort lui avait été envoyé. Au deuxième, il avait révélé tout un pan de l’affaire : lui, Sébè, avait déjà encaissé la totalité du prix de la probable récolte du premier champ et le tiers du prix de celle du deuxième champ défriché seulement cette année. Mais à tous les deux, il avait caché qu’ayant empoché cet argent, il s’apprêtait, profitant de la douceur pluviale de l’hivernage, à prendre congés des champs, pour convoler en deuxièmes noces. Ceux-ci non plus n’avaient pas cherché à en savoir plus, chacun ayant eu, en échange de ses services, la promesse d’obtenir la main de la fille de Sébè. Et tous les deux, s’étaient engagés, à quelques minutes d’intervalles, à emprunter, dans les heures qui allaient suivre, les escaliers du ciel pour aller plaider la cause de Sébè et à lui apporter satisfaction. Des nuages jaillissaient, se donnaient la
main et couvraient le ciel. Un homme aux allures de mendiant voyageur
pénétra dans la cour. C’était le secouriste
n°2, suivant leur ordre de départ pour le ciel. Sébè
bondit et vint lui serrer la main. Remarquant le vieux boubou de son
hôte arraché au derrière, il s’inquiéta.
Le revenant esquissa un large sourire pour le rassurer. Alors Sébè
appela sa fille, réclama de l’eau, puis invita son hôte.
Celui-ci prit le pot d’eau, avala une première gorgée,
sourit à la fille, invita le père à regarder le
ciel assombri, puis se remit à boire. Dès qu’il
finit de désaltérer, Sébè, le sourire retrouvé,
s’exclama, la tête encore plongée dans le ciel : Un homme couvert de boue aux pieds et aux
mains pénétra au pas de course dans la cour. C’était
le secouriste n°1. Sébè lui serra vigoureusement la
main : La grande pluie est là, Il marchait et chantait, suivi d’une
cohorte d’enfants qui jouaient sous la pluie. Tout d’un
coup, l’âne se mit à hésiter. Sébè
lui lança un coup de pied dans les côtes. L’âne
s’arrêta. Sébè n’en croyait pas ses
yeux. Il était à une cinquantaine de mètres de
sa belle-famille, et les tam-tams qui résonnaient aux alentours
annonçaient sans doute son arrivée. De toutes ses forces,
il lui assena un coup de bâton sur la nuque. L’âne
fit un tour de cent quatre vingt degrés ; la tête se retrouva
ainsi dans la direction contraire, l’air plus borné que
jamais. Alors les enfants s’y mirent à leur tour, assenant
leurs coups en déclamant le nom du propriétaire. Des voisinages
ameutés par les cris de joie des enfants, les gens arrivaient
et se perdaient en conjectures. Sébè perdait contenance.
Dès qu’il aperçut sa belle-mère, il s’écria
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