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Une tranche importante de la population malienne (35% environ)
na pas accès à des points deau. Les ONG
ont construit des barrages de petite taille, ont creusé des
puits, construit des écoles (60,2% de la population de plus
de 15 ans sont illettrés). Cette démarche a favorisé
le tracé ditinéraires touristiques.
Malheureusement, les principaux objets de ces indiscrétions
organisées et génératrices de somme dargent
faramineuse, ne bénéficient pas des retombées
financières.
Des guides zélés chassent à coups de bâton
les jeunes désuvrés qui tentent de vendre un
objet, ou de proposer un service dune manière jugée
trop insistante.
Les Dogons sont assaillis chaque année par des milliers
de touristes.
Sétonnera-t-on si tout le monde simprovise guide
ou vendeur dobjets de collection ?
Les
victimes sont surtout les enfants. Ils se constituent en comités
daccueil et attendent les touristes à lentrée
et à la sortie des grottes, avec des mélopées
de bienvenue, les cadets sur le dos ou sur les hanches des aînés.
Il s'agit pour eux de se vendre au lieu de se scolariser.
Les jeunes, eux, quand ils ont pu arracher quelques billets
aux intrus, ils vont les consommer dare-dare en bière et
alcool à lhôtel de luxe qui fait miroiter devant
leurs yeux un ailleurs où les devises coulent à flots.
Un élu de la région a confié que les écoles,
les micro-barrages, les dispensaires, sont des miettes infimes comparées
aux sommes mirifiques brassées par les Agences de tourisme,
les ONG et quelques dirigeants politiques. De la poudre aux yeux
de la population que lon maintiendrait exprès dans
la misère afin de mieux les exploiter ; de la poudre aux
yeux des touristes sur les circuits desquels ont été
érigés ces outils de développement. ¦

Ibrahim le Vaillant nest plus bilakoro (1)
Ibrahim Le Vaillant a été initié avec
quatorze autres garçons de sa classe dâge. Il
raconte.
Le jour de la circoncision nous a été révélé
quand nous étions déjà réunis sous la
Grande-Falaise, sur laire dinitiation, séparée
en deux pièces à ciel ouvert. Les bilakoros que nous
étions encore pour très peu de temps entraient un
par un dans la deuxième pièce, et ne revenaient pas
dans la première où attendaient avec appréhension
les autres garçons. « La peur me sciait le ventre,
mais je ne le montrais pas », confia Ibrahim. Le circonciseur
attendait au milieu de laire, assis sur un gros rocher. Aucun
cri, aucune plainte. Les nouveaux circoncis étaient dirigés
à lintérieur dune petite grotte, à
labri des yeux et des oreilles de leurs camarades. La Grande-Falaise
nous a servi de refuge pendant un mois, durée légale
de linitiation. Nous dormions là ; nos mères
nous apportaient nos repas là-haut, mais elles restaient
à la lisière, cachées à nos yeux ; laire
dinitiation leur étant interdite. Linitiation
était assurée par Fané, un vieillard de caste
forgeron qui connaissait lhistoire du clan, du village, jusquau
moindre caillou. Il nous révélait des choses que nous
devions garder secrètes toute la vie. Il fit de nous de vrais
hommes.
Au bout dun mois, nous étions complètement
guéris ; mais une dernière épreuve nous attendait:
une compétition. Il sagissait de courir jusquau
grand baobab qui trône au milieu du champ de mil, là-bas
au delà du village, au delà du puits, de lécole
; ensuite cueillir un fruit sur une branche et le ramener à
linitiateur. « Jétais le plus fort.
Jai gagné en récompense huit gros sacs de mil
et le respect de tous les garçons du clan », conclut-il
avec fierté. Ali, le deuxième, a gagné Oumou,
la plus jolie fille du village. Le troisième, cétait
Sido ; sa récompense fut trois chèvres bien grasses.
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(1) Bilakoro : jeune garçon non circoncis.
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