|
Philipe Dauchez découvre le Kotéba
Dirigée par Philippe Dauchez, la compagnie Nyogolon fonctionne
depuis plus e 15 ans à Bamako. Elle s'est spécialisée
dans le kotéba, une forme théâtrale populaire
faisant intervenir le chant, la danse, les instruments et la musique.
Elle se caractérise surtout par le fait que le public est
aussi acteur. Les thèmes proposés concernent les problèmes
de société : la corruption, la délinquance,
la criminalité, l'adultère,
Tous les acteurs
sont masculins ; ils sont costumés pour jouer des rôles
féminins. La "scène" est circulaire et tournante.
Le public se place tout autour. Les textes sont improvisés,
une fois que le thème a été adopté.
Dans un spectacle Kotéba, toutes les critiques sont autorisées
; toute dérision est permise, même celles dirigées
contre les personnalités les plus respectables, les dirigeants
politiques, à condition toutefois que l'anonymat du dindon
de la farce soit strictement respecté.
Les comédiens chantent et dansent en rond, à la queues
leu leu, ce qui facilite l'entrée en scène d'un quelconque
spectateur.
La compagnie Nyogolon s'est spécialisée dans le théâtre
"utile", une forme qui traite de sujets liés au
développement, et qui s'assigne comme objectif l'information,
la sensibilisation de la population sur des problèmes actuels
comme le sida et les MST, la déforestation et la désertification,
la sécheresse et la gestion de l'eau, etc.
Le Kotéba comme complément thérapeutique
pour des malades mentaux.
Philippe Dauchez, le directeur de la compagnie ne prétend
pas guérir les malades en les invitant à voir et à
faire du théâtre. Il les invite à prendre conscience
de la réalité à travers la musique, la danse
et le jeu théâtral. Pendant
la représentation à laquelle ils participent, les
malades reprennent contact avec le monde réel, l'abrutissement
causé par les médicaments et la maladie s'estompent
momentanément, laissant la place à une lucidité
plus ou moins grande selon les individus. Ils reprennent conscience
de leur propre existence. Quelques fois, certains d'entre eux rentrent
vraiment dans le jeu, chantent en solo ou en chur, proposent
des textes et le disent s'inscrivant ainsi dans le thème
proposé. Nous avons insisté à l'une des premières
représentations de la saison de la compagnie Nyogolon.

Une jeune maman, totalement absente au début du spectacle,
reprit vie petit à petit jusqu'à se souvenir de chants
qu'elle entonna, de danses qu'elle exécuta. Son regard s'éclaira,
sa physionomie changea. Elle reprit contact avec la réalité.
Ce fut une véritable métamorphose le temps d'un spectacle.
Selon le témoignage d'un psychiatre, responsable de l'établissement,
plusieurs malades ont pu guérir plus vite grâce à
ce théâtre qui les ramènent dans la réalité
de façon répétée. " Ce théâtre,
au delà de sa fonction ludique et distractive, est vraiment
bénéfique pour les malades qui sont traités
ainsi, ceci à plusieurs titres, affirme-t-il sans hésiter.
Les malades et leurs familles qui s'occupent d'eux se sentent moins
abandonnés, moins isolés. Ils se sentent toujours
en contact avec le monde des bien portants, en bénéficiant
d'activités culturelles comme eux, en recevant des visites
telles que reçoivent des artistes, des personnes bien portantes
et normales ".
|