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Wired
Il y a cinq ans environ, javais lu un article très
intéressant dans le magazine "Wired". Une
chercheuse américaine étudiait les modifications de
la structure de pensée dun homme face à son
écran dordinateur. Grâce à la multiplication
des possibilités offertes, cet homme effectuait une recherche
sur Internet, travaillait sur un document aux rythmes dune
radio en ligne et recevait un signal lavertissant quun
mail venait darriver, le tout au même moment. La multiplication
des opérations stimulait son cerveau de quatre manières
différentes : par lattente du résultat de sa
recherche, par sa rédaction, par lécoute vague
de la musique et par lanticipation du message reçu.
La chercheuse concluait que de nouveaux modes de pensée allaient
surgir qui nétaient plus linéaires mais allaient
brasser ces " éclatements ".
Cest, en gros, leffet produit sur moi par la résidence
effectuée à Bamako dans le cadre de la ruche Sony
Labou Tansi, à la différence près que mes stimuli
à moi ne sont pas des signaux électroniques mais des
êtres humains.
Depuis mon retour, je porte en moi une dizaine dunivers (les
mondes des auteurs avec qui jai partagé cette expérience)
qui me " stimulent " chacun de manière différente
mais qui ne me quittent pas.
Cest une mêlée dintuitions formelles,
de connaissances concrètes, de sensations et de souvenirs,
de paysages, de moments, de fragments de corps, de voix, de textures,
de traversées, qui roule et roule sous mon crâne et
produit une légère mousse didées qui
sécrivent ou se préparent à sécrire,
dans des perspectives totalement différentes.
Il semble que je nécrirai jamais tant, si lon
considère les projets qui sont issus de tous ces " stimuli
", à la suite dune résidence de trois semaines.
Il semble aussi que je nécrirai jamais autant de textes
issus pour moi de manière directe de cette expérience
mais qui laisserait sans doute très perplexe mes interlocuteurs
si je leur tendais en disant : " Je naurais jamais pu
écrire cela si je navais pas été à
Bamako. "
Cela me fait parfois rire toute seule : que Bamako prenne tant
de formes dans mon univers quelle en devienne comme le "
Rosebud " de Citizen Kane : une clef qui est partout et nulle
part, et dont la forme concrète ne reflète en rien
la force prodiguée par son imaginaire.
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