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Ecritures Vagabondes 
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RESIDENCE D'AUTEURS DRAMATIQUES
A BAMAKO
Tél:... ............................

- dernière maj juillet 2003

Association « Écritures vagabondes » -

Monique Blin : 302, rue des Pyrénées. 75020 Paris

www.ecritures-vagabondes.org


 

Moussa Diagana, sociologue et auteur

Résidence d’écriture autour de la Ruche Sony Labou Tansi

Pourquoi une résidence d’écriture, une de plus et pourquoi une résidence dans un pays qui serait le Mali, et pourquoi le Mali.

Il ne s’agit pas d’une simple délocalisation. Il s’agit plutôt et surtout du sort même de l’écriture et de sa place, celle du livre en Afrique.

Autant on peut dire de l’écriture qu’elle est un don, autant on peut se rendre compte que ce don a besoin avant tout de s’exprimer, de grandir et de s’épanouir au grand jour, à l’air libre au risque de s’étioler et de s’évanouir.

L’un des problèmes qui se pose aux auteurs africains est le rapport qu’entretient la société avec l’acte d’écriture qui se pose d’abord comme acte individuel intérieur, comme acte de retour sur soi, de retrait du monde ambiant pour participer un temps à un monde de l’imaginaire. J’avoue comme beaucoup d’auteurs, j’en suis sûr m’être souvent caché du regard des autres, parents, amis, étrangers dont la ronde bruyante, chaleureuse et oh combien indispensable n’aurait pas compris. L’auteur peut être salué, consacré, honoré. L’acte d’écriture lui reste quelque chose d’incongru.


Difficilement admissible en effet qu’une part du temps de tous les jours (Dieu sait s’ils sont suffisants) soit gaspillée au temps de l’imaginaire et de l’esthétique. Le sommeil n’est-il pas fait pour cela ? On dira souvent de l’auteur en train d’écrire, pour le taquiner sous le voile du mépris, qu’il est un rêveur, isolé du monde, coupé des réalités, la tête dans la lune.

Un devoir d’urgence s’impose donc au risque de voir se rétrécir le cercle des auteurs, d’en faire des clandestins cachant honteusement sous le manteau leurs papiers pour éviter de se faire prendre à rêver. Devoir d’urgence devant le risque d’en faire au bout du compte des « socialement et politiquement correctes » ayant les pieds sur terre et la tête bien accrochée au quotidien et au temps de tous les jours pour mieux courir après le temps. Temps de l’argent qu’il faut gagner au plus vite, temps de la première ou deuxième voiture qu’il faut s’acheter pour aller avec l’air du temps, de la deuxième ou la troisième villa qu’il faut acquérir ou simplement temps des condiments qu’il faut trouver pour améliorer le quotidien.


Et quand l’argent tarde à se laisser gagner, ne plus chercher à le gagner, ce serait perdre du temps, mais le prendre là où il est le plus facile et le plus rapide à trouver, les caisses de l’État qui sont tout le temps vides.


Il faut pourtant dans ce temps-là que l’écriture gagne ses lettres de noblesse, qu’elle fasse les pieds de nez à la « conjoncture » qui nous tue à petit feu. Il faut qu’il y ait des gens pour s’arrêter ne serait ce que le temps d’un mois. S’arrêter de courir après la « conjoncture » pour prendre plume et écrire. Il faut qu’il y ait de l’autre côté des gens qui en voient d’autres s’arrêter de courir après la « conjoncture » pour savoir qu’on n’en meurt pas, que n’on en a pas moins les pieds sur terres.

Faire savoir enfin qu’écrire c’est respirer la vie des autres, c’est participer à la vie des autres. Et participer à la vie des autres, c’est le prix de la réhabilitation du « lire » et de « l’écrire ».


Réhabiliter l’écriture en Afrique, c’est familiariser le public au travail de création, au travail de l’écrit et au loisir de la lecture. C’est enfin donner à l’acte de création toute sa valeur sociale.


La résidence d’écriture telle que nous la concevons devra être un lieu de retraite pour créer mais également un lieu d’échange pour partager, découvrir l’autre, s’émerveiller de l’autre à travers l’échange entre l’autre et son milieu, entre les auteurs et la société, entre les auteurs et la jeunesse scolaire et estudiantine pour la familiariser avec le travail de création et lui donner le goût de la lecture.


C’est le défi lancé pour la « RUCHE SONY LABOU TANSI »


Bamako, le 20 décembre 2000


MD

 

Réalisé et hébergé par Afribone en collaboration avec IICD
2002

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