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"LA
RUCHE SONY LABOU TANSI"
La riche expérience d'une résidence littéraire
"La
Ruche Sony Labou Tansi" a pris fin le week-end dernier (25 novembre-20
décembre 2003). Organisée par "Seben" (Association
malienne d'auteurs dramatiques) en collaboration avec l'association
française "Ecritures vagabondes" et le Nouveau théâtre
d'Angers, cette 3è édition de la résidence d'écriture
a réuni une dizaine d'auteurs venus de divers horizons.
Pendant
un mois, un groupe d'écrivains "expérimentés
et passionnés" de théâtre ont vécu
et partagé la réalité malienne dans ses diverses
facettes. Il s'agit de Djalila Hajar Bali (Algérie), Valérie
Deronzier (France), Véronique Mabardi (Belgique), Brahim El Hanai
(Maroc), Jean-Yves Picq (France) Coulibaly M'Bamakan Soucko (Mali) et
Ibrahima Aya (Mali).
Un groupe qui a travaillé sous la coordination de Monique Blin
(Ecritures Vagabondes) assistée de Monique Hervouët et Claude
Yersin (metteurs en scènes). La Ruche Sony Labou Tansi est une
initiative de Monique Blin. Une idée qui a germé suite
à une résidence d'écriture au Liban. L'idée
a pris corps au Mali grâce à la synergie d'action des Editions
vagabondes, du Nouveau théâtre d'Angers et Blonba.
Cette initiative est ainsi devenue un tremplin pour l'éveil et
la promotion de la jeune génération d'écrivains
africains. En effet, comme le souligne souvent Monique, la ruche vise
à "reconnaître la place des auteurs à qui
l'on n'accorde pas assez d'importance en Afrique". La résidence
a été dédiée à Sony Labou Tansi pour
rendre un hommage mérité à l'écrivain congolais
prématurément arraché à la littérature
africaine.
Intense
activité de création
L'édition 2003 a été marquée par une intense
activité de création. Ce qui n'a pas empêché
les participants de participer à l'enregistrement de l'émission
"En toutes lettres" de l'ORTM.
La lecture publique organisée au Centre culturel français
de Bamako, a aussi été un événement phare
de la résidence de dramaturgie. Il s'agissait des textes mis
en voix avec l'accompagnement du trio de Bassékou Kouyaté,
le prince des cordes. Des textes tirés de "La Brasserie"
de Koffi Kwahule (Côte d'Ivoire) et des "Baiseuses
de nuit" de la jeune malienne Hawa Diallo.

Chronique de l'actualité
La
première uvre a certainement été inspirée
par la dramatique crise socio-politique que vit le pays de l'écrivain,
la Côté d'Ivoire, jadis un havre de paix. Elle suscite
l'espoir d'une fin prochaine de la guerre et met en évidence
les efforts à entreprendre pour soigner les plaies et entreprendre
la reconstruction. Cette reconstruction est-elle réellement le
souci des vainqueurs plutôt préoccupés par le sort
de "La Brasserie" ? Rien n'est moins sûr.
La décadence des valeurs morales et traditionnelles consacrées
par le comportement de ces parvenus qui aiment profiter de la misère
des autres ! Voilà, la quintessence de l'uvre de Hawa Diallo,
une valeur sûre de la littérature malienne.
La prometteuse dramaturge, essayiste et poète touche de la plume,
un fléau qui se développe dans le terreau de la pauvreté
: la prostitution ! Face à l'impasse sociale, elles n'ont souvent
guère le choix que de vendre leur corps pour venir en aide à
ceux qui leur sont chers (parents, frères, surs...). La
majorité des filles qui se prostituent ont-elle réellement
le choix ? "La baiseuse de nuit" n'en avait pas en
tout cas.
Découverte du pays profond
La Ruche Sony Labou Tansi ne sait pas uniquement consacrer qu'à
la création. L'édition était aussi de la fête.
La résidence a été ainsi l'occasion de lancer des
uvres de très bonne facture.
Il s'agit de "Les larmes du Djoliba" de Ibrahima
Aya, participant à la ruche, et "Le secret de la
dune" de Boubacar Belco Diallo, président de
Seben et de l'Association des artistes du Mali. Ces deux talentueux
auteurs ne sont pas des inconnus dans le cercle culturel du pays.
En dehors des activités et des rencontres avec des personnalités
comme le ministre de la Culture, Cheick Oumar Cissoko, la résidence
a été l'opportunité de découvrir le Mali
profond. "Cela permet de mieux connaître le pays, de connaître
les populations à travers leurs occupations et traditions...",
a souligné Monique Blin. La coordinatrice a apparemment été
impressionnée par l'animation du marché de San et surtout
la coquetterie et la jovialité des vendeuses sanoises.
Une expérience incomparable
Les participants ont quitté Bamako aec nostalgie et surtout riches
d'une nouvelle expérience qu'ils qualifient unanimement "d'authentique
et de d'incomparable". La pertinence de l'entreprise est évidente
pour tous les "résidents".
"Cette résidence m'a beaucoup marquée. Elle m'a permis
de mieux maîtriser les astuces de l'écriture dramatique.
Et les échanges francs et fructueux que je viens d'avoir avec
des auteurs expérimentés d'autres pays ,va forcément
influencer mon inspiration. La Ruche est un tremplin pour nous jeunes
écrivains...", reconnaît Robert Silivi du Togo.
Le benjamin, auteur de "Croisée de Solitudes"
qui lui valu le premier prix d'un concours littéraire dans son
pays, a ainsi résumé les sentiments de ses aînés.
Il ne pouvait en être autrement, parce que les écrivains
ont en commun la pertinence et la subtilité de l'inspiration,
même s'ils l'expriment différemment dans leurs uvres.
Moussa
Bolly
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Les maîtres
d'uvre
La
Ruche de Sony Labou Tansi témoigne de la vitalité
de la culture, la littérature singulièrement, comme
facteur de cohésion entre les peuples. Cette flamme est
aujourd'hui allumée et entretenue par les Editions vagabondes
(France) et Seben, une association qui regroupe les auteurs dramatiques
du Mali.
Présidée par le prolifique et talentueux Boubacar
Belco Diallo, Seben est un regroupement à but non lucratif.
"Nous ambitionnons d'apporter notre modeste contribution
au développement du théâtre malien. L'association
se veut ainsi un lieu de rencontre, de partage et d'échange
d'expériences favorisant l'émergence de nouveaux
talents par la mise en place d'un cadre adéquat pour les
auteurs dramatiques", explique le dramaturge, écrivain-comédien.
Seben est ouvert à tous les auteurs dramatiques résidant
au Mali. Ce cercle de la création et de la promotion littéraires
va certainement s'agrandir avec l'adhésion des trois premiers
lauréats (pièce) de la dernière biennale
artistique et culturelle du Mali.
Quant à Ecritures vagabondes, elle est née en avril
2000 avec la collaboration du Centre Wallonie-Bruxelles (Belgique).
"Notre objectif est d'initier des chantiers et résidences
d'écriture dans les pays du Sud afin de favoriser le croisement
et la découverte d'une nouvelle génération
d'auteurs ainsi que la circulation de leurs uvres",
explique la présidente Monique Blin.
Cette initiative est une prolongation des "Ecritures nomades".
Du nomadisme au vagabondage, il n'y a qu'un pas que l'inspiration
franchit allègrement. Pour Monique, "bouger, voyager
et venir" ont la même signification parce que permettant
aux écrivains de partager leurs expériences pendant
quatre semaines. "Une immense richesse" qu'on
ne peut acquérir que par le biais de ce "vagabondage".
Aux deux larrons, s'est joint le Nouveau théâtre
d'Angers (NTA), la ville jumelle de Bamako. Dirigé par
Claude Yersin, cet espace est aujourd'hui "la plus importante
entreprise de production théâtrale des pays de la
Loire". Une inespérée opportunité
de promotion pour les jeunes écrivains. Tout comme la ruche
qui est ouverte à tous les genres car l'inspiration n'a
pas de... frontière !
Moussa
Bolly
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